Fanfiction : Does Anyone Know ?

Is this world out of control
Say what is right what is wrong


Quelques minutes ... Quelques heures ... Peut-être depuis toujours ...
Hélène ne savait plus exactement depuis combien de temps elle fixait ainsi l'océan, assise sur le sable, les jambes remontées contre sa poitrine, les yeux perdus dans les vagues qui venaient inlassablement s'échouer à ses pieds, l'hypnotisant, la réconfortant, l'anéantissant.
Elle aurait aimé plonger dans cette eau si attirante, s'y détendre, s'y perdre, et peut-être ne jamais en revenir.
Ne plus souffrir, ne plus ressentir cet incroyable mélange de sentiments, trahison, échec, frustration, détresse, dégoût, haine, et bien d'autres encore qui se bousculaient en elle depuis des jours et la rendaient folle ...
Oublier cette douleur terrible, insupportable, tout oublier à jamais ...

Do I know this world at all
I think I do but then I don't


Hélène haussa mentalement les épaules.
« Pff, ça n'en vaut pas la peine. Il n'en vaut pas la peine. »
Mais cette pensée amère ne la réconforta guère, elle souffrait trop. Et en finir avec la vie était si dangereusement tentant ...

I'm confused by what I see
I try to understand
But it makes no sense at all


Mais elle n'en avait pas le courage.
C'était trop inutile ... Trop lâche ... Trop indigne ...
Ce n'était pas elle ...
Ce n'était pas la Hélène, tellement stable, tellement réfléchie, tellement forte aux yeux de tous ses amis ...
Tellement illusoire plutôt.
Oh, c'est vrai, elle avait peut-être été « parfaite » du temps heureux de la Faculté où les soucis s'envolaient d'un battement d'aile. Cette merveilleuse époque où tout paraissait si simple et si compliqué à la fois.
En ce temps, Hélène était là, toujours là, pour gérer les petits conflits, les relations parfois complexes dans la bande. Toujours présente pour écouter, apaiser, raisonner. Toujours prête à aider ses amis.
A présent, c'était elle qui avait besoin d'une oreille attentive. Qui avait besoin de se confier.

I'm confused by what I feel
I thought that our love
Was something that is real


Mais elle, elle était seule.
Seule parce qu'elle n'avait pas osé parler de ce qu'elle ressentait, exprimer ses sentiments, sa tristesse mêlée de colère, d'incompréhension.
Seule parce qu'elle ne se sentait pas le droit d'être aussi malheureuse.
Seule parce que cette fois, elle savait qu'elle l'avait définitivement perdu.
Cette fois, elle ne pouvait plus lutter. Le combat était devenu inégal. Sans espoir.
Et cette pensée la mettait au supplice.

Does anyone know
The truth we're looking for
Can't find it anymore


Hélène resserra les bras autour de ses jambes, posa le front contre ses genoux, et laissa enfin libre court à ses larmes trop longtemps retenues.

Does anyone know
How to make me feel
For something that is real


- Hélène ?
La jeune femme sursauta brusquement, releva la tête en essuyant furtivement ses yeux et regarda avec étonnement celle qu'elle n'avait pas entendue arriver.
- Jeanne ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Comment m'as-tu trouvée ?
Celle-ci ne répondit pas tout de suite, s'asseyant en tailleur à côté de son amie, lui laissant un peu de temps pour reprendre contenance.
- Par pur hasard, je ne te cherchais pas en fait. C'est sur cette plage un peu isolée que je viens moi aussi quand je ne me sens pas très bien et que j'ai besoin de faire le point.
Hélène l'observa un instant sans rien dire et vit à ses yeux rougis qu'elle aussi avait pleuré. Certainement pour des raisons identiques aux siennes.
- Pfff ! Si on m'avait dit que ça finirait comme ça un jour ... murmura t-elle en secouant la tête avec fatalisme.
Jeanne acquiesça tristement.
- C'est une drôle de situation quand même ... Je ne m'y attendais tellement pas, ça me semble si irréaliste ... Si impossible ... Si ... Je ne sais même plus quoi penser ...
Hélène sourit amèrement.
- Bah, au moins les choses sont claires, on sait à quoi s'en tenir.
Et après un temps, presque pour elle-même :
- Nous voilà maintenant à égalité, revenues en quelque sorte au point de départ.

So many things that I recall
When we were young just flying high


Elles se regardèrent un moment en silence, cherchant dans le regard de l'autre d'improbables réponses à des questions inavouées.
- Tu crois que je ... Que j'ai fait quelque chose de mal ? Enfin, que c'est de ma faute ?
- Ou peut-être notre faute à toutes les deux, qui sait ... On n'a peut-être pas su faire ce qu'il fallait pour le garder. Trop de doutes, d'hésitations ... Mais est-ce que l'on peut réellement parler de faute ? Est-ce qu'il faut vraiment chercher une quelconque faute ? C'était peut-être simplement écrit ... Est-ce que quelqu'un sait ?
Hélène avait prononcé ces derniers mots en levant les yeux vers le ciel d'un bleu tellement éclatant qu'il semblait lui-même lever ses incertitudes.
- Oui, tu as sûrement raison. Mais ça a été un tel choc pour moi, un tel bouleversement. Une telle remise en question ...
Jeanne s'interrompit.
- Mais je suis bête, tu dois sûrement savoir ce que j'éprouve ... En fait, tu dois ressentir exactement la même chose que moi, même si tu ne le dis pas ouvertement... Je me trompe ?
Hélène ne réagit pas, mais son silence et son visage défait exprimaient son désarroi mieux que les mots.

Can we turn our fate at all
I wish we could say don't you cry


- Non, tu te trompes, finit-elle pourtant par répondre après un long moment de réflexion. Toi tu étais sa compagne, la femme qu'il aimait, tu partageais son existence depuis des années, ta douleur et ta colère sont parfaitement légitimes. Moi je n'étais plus rien pour lui, rien d'autre qu'un vieux souvenir, une sorte de parasite qui s'accrochait désespérément à sa vie en espérant en refaire partie un jour. Je n'ai pas le droit de me plaindre.
Des larmes coulaient pourtant de ses yeux, contredisant ses paroles, révélant le plus profond de son coeur. Jeanne en fut tellement émue qu'elle en oublia un instant sa propre tristesse pour tenter de consoler son amie.
- Tu l'aimais, et ce simple fait te donne le droit d'être malheureuse. Ce n'est pas une question de légitimité, c'est juste une question d'amour. Nicolas t'a aimée, et je pense qu'il avait toujours des sentiments pour toi même s'ils n'étaient plus tout à fait les mêmes. Et ce sont toutes ces émotions contradictoires qui ont fragilisé notre couple. Il n'a jamais pu m'aimer pleinement parce que tu étais toujours là, quelque part, dans son coeur. Attends, je ne t'accuse de rien ! protesta Jeanne en voyant le regard désolé d'Hélène. Tu n'y es pour rien, je sais que tu n'as jamais rien fait pour le récupérer, tu t'es toujours effacée pour permettre notre bonheur à tous les deux. Et je ne pourrai jamais assez te remercier pour ça. Tu es vraiment quelqu'un de bien !
- Merci, murmura simplement celle-ci en regardant la jeune femme avec gratitude. De telles paroles de celle qui avait été sa « rivale » pendant si longtemps la touchaient énormément.
- Toi aussi tu es quelqu'un de bien, Jeanne. Je l'ai perçu dès le moment où je t'ai rencontrée. C'est pour ça que je me suis effacée, parce que je savais que Nicolas serait heureux avec toi, peut-être plus heureux qu'il ne l'aurait jamais été avec moi. J'ai ressenti un tel amour entre vous que j'en ai été à la fois désespérée et rassurée. Désespérée parce que j'ai compris que Nicolas ne me reviendrait jamais. Rassurée parce que je sentais qu'il avait enfin trouvé la femme dont il avait besoin. Si ce n'était pas moi, ça ne pouvait être que toi, la femme de sa vie ... Pff, si j'avais su ...
- Et moi donc ! répliqua Jeanne amèrement. J'ai toujours pensé que si Nicolas me quittait un jour, ce serait pour retourner avec toi, son premier amour. Si l'on m'avait dit qu'il me quitterait, effectivement, mais pour un autre homme !
- Qui plus est quelqu'un de la bande, presque un frère ... Ils ont bien caché leur jeu tous les deux !

I'm confused by what I hear
Girl it seems to me
We're losing after all


- Oui, Nicolas et José, qui aurait pu l'imaginer ?!

I'm confused by what I feel
I thought that our love
Was something that is real


Un instant de douloureux silence s'établit entre elles, chacune se remémorant leur énorme choc en apprenant la nouvelle quelques jours plus tôt.

Does anyone know
The truth we're looking for
Can't find it anymore


Nicolas leur avouant qu'il ne pouvait plus vivre partagé entre ses sentiments pour Jeanne et pour Hélène.
Nicolas leur annonçant qu'après tant de doutes et d'hésitations, il avait enfin fait son choix et trouvé la stabilité qui lui manquait auprès de quelqu'un.
Et ce quelqu'un, c'était tout simplement José, son ami de toujours, celui avec qui il partageait tant de complicité. Tant d'amour en réalité.
Nicolas et José ... José et Nicolas ...

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How to make me feel
For something that is real


Cette relation avait tellement surpris tous leurs amis qu'il leur avait fallu plusieurs jours pour digérer la nouvelle. Plusieurs jours de questionnements, de méfiance, de reproches.
Ils avaient pourtant fini par accepter, ou du moins seulement tolérer pour certains, ce couple un peu hors normes.
Hélène et Jeanne faisaient partie de ces derniers, ce qui après tout était tout à fait compréhensible. Se faire plaquer par l'homme de sa vie était déjà dur à avaler. Se faire plaquer pour un autre homme était encore moins évident.
Elles s'efforçaient toutes deux de faire contre mauvaise fortune bon coeur, mais ce n'était pas facile. Chaque jour passé leur renvoyait en effet l'image de ce nouveau bonheur presque indécemment affiché à leurs yeux.
Oui, Nicolas et José étaient parfaitement heureux ensemble et c'était peut-être le plus difficile à reconnaître pour elles.

Another day has just begun
Life goes on there's no return


- Dis-moi Hélène, tu crois qu'on aurait mieux réagi si Nicolas m'avait quittée pour une autre femme ? Je veux dire, le fait qu'il soit tombé amoureux de José est assez ... vexant pour nous, on va dire ça comme ça. Malgré nos atouts féminins, nous n'avons semble t-il jamais su lui apporter ce dont il avait besoin, et il est allé combler ce manque ailleurs. Auprès d'un autre homme qui plus est. Ce n'est pas banal comme situation. Et c'est dur à admettre.
Hélène semblait complètement perdue dans ses pensées et elle mit un long temps avant de répondre.
- Je ne sais pas ... J'avoue que ma fierté en a pris un grand coup, et je crois finalement que c'est ce que j'ai le plus de mal à supporter. Oui, comme tu dis, c'est assez blessant de voir Nicolas heureux avec un autre homme. Se dire que l'on n'a pas su y faire, que l'on a une part de responsabilité dans ce qui arrive. C'est peut-être vrai. Mais c'est aussi et surtout le destin, et on ne peut rivaliser avec lui. La lutte est perdue d'avance, il n'y a plus rien à faire. Et c'est peut-être ça qui fait le plus mal, acheva t-elle dans un sanglot.

How can I trust anyone
When honesty is such a dirty word


Jeanne, sentant Hélène à bout de nerfs, passa son bras autour des épaules de son amie qui se laissa aller contre elle, tête contre tête.
Hélène finit par glisser elle aussi timidement son bras autour de la taille de Jeanne qui resserra doucement son étreinte.
Elles restèrent ainsi un long moment sans parler, sans faire un geste, cherchant seulement un peu de réconfort au contact de l'autre, profitant d'une intimité douloureusement partagée.
Puis Jeanne se mit à caresser lentement les longs cheveux blonds dans un geste maternel de consolation.
Les yeux fermés, Hélène profitait pleinement de ce moment de détente qui lui faisait tant de bien.
Petit à petit pourtant, elle se détacha de ce doux contact et se tourna vers son amie. Sentant ce regard posé sur elle, Jeanne fit de même. Face à face, elles se fixèrent intensément, partageant des émotions uniques, indescriptibles.
Toutes deux se penchèrent alors un peu en avant, et leurs lèvres se frôlèrent dans un même mouvement hésitant.
Un peu surprises de leur audace, chacune eut un léger mouvement de recul.
Elles échangèrent un nouveau regard plein d'interrogations diverses, comme si elles se demandaient mutuellement l'autorisation de prolonger cet instant d'union magique.
Hélène enserra alors la taille de Jeanne de son autre bras, l'attirant vers elle dans un geste d'infinie tendresse. Celle ci fit monter sa main le long du cou de la jeune femme, approchant son visage du sien.
Et leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau dans un baiser d'abord timide, empli d'interdits.
Puis elles laissèrent libre cours à leurs émotions, partageant, mélangeant leurs corps et leurs coeurs.

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Allongées l'une contre l'autre, tendrement enlacées, elles regardaient le ciel, bercées par le ballet incessant des oiseaux marins. Aucune ne parlait de peur de briser ce moment unique.
Pourtant Hélène finit par se relever lentement, presque à regret. Elle regarda Jeanne qui l'observait.
- On n'aurait pas dû ...
- Pourquoi, tu regrettes ce qui s'est passé ?
- Oui ... Non ... Enfin je ne sais pas ...
Hélène s'assit à nouveau sur le sable, pensive, les yeux dans le vide. Elle se sentait perdue.
- Moi je ne regrette pas ...
Jeanne avait prononcé cette phrase avec tant de conviction qu'Hélène secoua la tête, un léger sourire aux lèvres.
- Non, c'est vrai, moi non plus ... Mais ...
Ce « mais » fit pousser un soupir à Jeanne qui s'assit à son tour.
- Mais ce n'est pas une solution, c'est ça ?
Hélène la regarda gravement.
- Non, ce n'est pas la solution, en effet. Je ne regrette absolument pas ce qu'il s'est passé, c'était un moment magique, tel que je n'en ai jamais vécu. Mais c'était aussi et seulement l'union de deux solitudes, de deux désespoirs.
- Je sais, approuva Jeanne. L'homme que nous aimons à la folie nous a quittées toutes les deux, c'est là notre seul point commun. Et ce n'est malheureusement pas suffisant pour construire un couple sur de telles bases. Une telle union ne nous mènerait à rien.
Hélène acquiesça.
- Oui. Ce serait comme une sorte de vengeance, ou une consolation de l'amour que nous avons perdu toutes deux. Une relation comme celle-ci serait presque ... Malsaine ... Probablement destructrice, même ...

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- Alors il ne nous reste plus qu'à oublier ce qu'il s'est passé entre nous aujourd'hui.
Hélène prit la main de son amie dans la sienne et la serra très fort, touchée par son air profondément triste.
- Non, je n'ai pas l'intention d'oublier cette journée. Je n'ai pas l'intention de t'oublier, toi. J'étais au plus bas, et tu m'as empêchée de sombrer totalement. Cette discussion avec toi m'a fait beaucoup de bien, j'ai enfin compris que je n'étais plus seule avec mes sentiments cachés, que je pouvais me confier à quelqu'un de compréhensif si j'en avais besoin. Et ces instants de tendresse et de communion, si inattendus et pourtant si forts, ont été pour moi comme une bouée de sauvetage, ils m'ont redonné confiance en moi. Je sens que je pourrai dorénavant me raccrocher à tout cela en cas de nécessité.
Rassérénée par ces paroles pleines d'affection et de reconnaissance, Jeanne hocha la tête, souriante.
- C'est vrai, je ressens la même chose. Moi aussi je garderai toujours le souvenir de cette journée particulière gravé dans mon esprit, et je sais que j'y repenserai chaque fois que je n'aurai pas le moral.
Hélène sourit à son tour, soulagée que son amie partage le même point de vue sans lui en vouloir.
- Oui, ce souvenir sera notre réconfort mutuel. Notre secret partagé.
- Et nous ne seront plus jamais seules avec nos peines.
- Non, plus jamais seules.

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Main dans la main, Jeanne et Hélène se sourirent, confiantes, apaisées, et elles scellèrent ce pacte symbolique par un dernier baiser.

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# Posted on Tuesday, 22 September 2009 at 3:01 PM

Icône : Manuela

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# Posted on Friday, 25 September 2009 at 1:44 PM

Bannière : Manuela

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# Posted on Friday, 25 September 2009 at 1:45 PM

Fanfiction : Soul Behind the Face

- Mais qu'est-ce qu'il m'arrive, Hélène ? Où est donc passée la douce et réservée Laly d'autrefois ? J'ai vraiment l'impression d'être devenue un monstre ...
A ces mots, Laly éclata en sanglots incontrôlables, comme si toute la tension qui s'était accumulée en elle s'évacuait brusquement, presque à son insu. Elle suffoquait tellement qu'elle ne parvenait plus à prononcer un seul mot.
Profondément émue par la détresse de son amie qui se montrait rarement sous un aspect aussi vulnérable, Hélène secoua vivement la tête.
- Allez, calme-toi ma Laly, je n'aime pas te voir dans cet état. Je ne sais pas quel est ton problème exactement, mais tu n'as pas le droit de parler de toi comme ça. Tu es l'une des personnes les plus sincères et passionnées que je connaisse, et ces qualificatifs ne font pas de toi un monstre, loin de là. Un être un peu extravaguant, peut-être, mais en tout cas pas un monstre ...
Cette boutade accompagnée d'un petit sourire complice fit hoqueter Laly qui sembla s'apaiser un peu. Elle se força à respirer un grand coup, essuyant ses yeux avec la manche de son pull et reniflant comme une petite fille.
- Tu es gentille, Hélène, mais je ne me reconnais plus. C'est vrai, quoi, qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je n'ai jamais eu de chance en amour, la mort de Ludovic, la trahison de Sébastien, la lâcheté d'Antonio ... J'en ai souffert pendant des années, même si je n'en parlais pas forcément tout le temps ouvertement. Et maintenant que j'ai enfin tout pour être heureuse, je suis en train de tout gâcher ...
Laly ne put continuer sa phrase et se remit à pleurer, mais Hélène l'interrompit doucement, pensant avoir deviné ce qui chagrinait ainsi la jeune femme.
- C'est Stéphane ?
Incapable de répondre, Laly hocha la tête en redoublant de larmes. Son amie attendit qu'elle se calme un peu avant de poursuivre.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Oh, c'était affreux, Hélène ! En fait, au départ, il ne s'est rien passé de particulier. Rien d'autre que ce qui fait notre quotidien. Stéphane n'avait pas fini de préparer Diego pour l'emmener à la crèche, et je me suis emportée contre lui parce que j'avais peur qu'ils soient en retard. Tu sais à quel point la directrice de l'établissement est stricte sur ce point. Ils avaient pourtant encore largement le temps avant de partir, mais je ne sais pas pourquoi, je me suis mise en colère et j'ai commencé à invectiver Stéphane assez durement. Il avait beau essayer de m'expliquer calmement qu'il était inutile de se presser vu l'heure, je n'écoutais pas. Au contraire, son ton posé m'énervait encore plus. Mes mots ont alors fini par dépasser ma pensée. Et c'est là que ...
Laly s'interrompit à nouveau, ses yeux amèrement embués.
- C'est là que j'ai vu le regard de Diego posé sur moi. Empli de peine ... De reproches ... D'incompréhension ... Il s'est précipité dans les bras de Stéphane et l'a serré très fort. Comme s'il voulait le protéger. Le protéger de moi ... Tu te rends compte, Hélène ? Mon fils a eu ce geste de protection contre moi, sa propre mère, alors que Stéphane n'est même pas son père ... Et le pire, c'est que ce tout petit bonhomme dégageait tellement de maturité face à mon attitude que je me suis sentie totalement nulle. Ca m'a laissé sans voix. Et tout le temps qu'ils ont mis à finir de se préparer, je l'ai passé les bras ballants et le c½ur brisé, sans bouger, sans plus savoir que faire. Je les ai regardés partir ensuite sans esquisser le moindre geste, et ils ont franchi le seuil de la maison main dans la main, sans se retourner, sans plus un regard pour moi. Oh Hélène, ça m'a fait tellement mal ...
La voix de Laly s'était assourdie au fur et à mesure de ses paroles, au point de n'être plus qu'un douloureux murmure. Mais elle se reprit aussitôt.
- Hélène, je me suis comportée comme un monstre sans c½ur. Pourquoi a-t-il fallu que ce soit mon fils, mon petit garçon, qui me fasse prendre conscience de l'ignominie de mon comportement envers Stéphane ? Pourquoi je ne me suis jamais rendu compte du mal que je leur faisais à tous les deux en agissant ainsi ? Et Stéphane qui m'a toujours laissée faire sans réagir, qui n'a jamais rien dit de sa souffrance ... Ou plutôt si, il l'a si souvent exprimée mais je n'ai jamais voulu l'entendre ... Maintenant que j'y repense, c'était pourtant évident ... Pourquoi je n'ai rien compris ? Je me sens tellement coupable, tellement égocentrique, tellement ... Tellement ...
- Tellement perdue ?
Hélène avait laissé son amie parler sans intervenir, car elle sentait que Laly avait besoin de vider tout ce qu'elle avait sur le coeur. Mais elle ne put s'empêcher pourtant de corriger sa dernière phrase.
- Perdue ? Tu crois vraiment ? s'étonna l'intéressée.
- C'est en tout cas l'impression que tu me donnes, confirma la jeune femme devant le regard dubitatif de Laly. Tu l'as dit toi-même tout à l'heure, tu as tout pour être heureuse, et pourtant tu fais tout pour refuser ce bonheur qui s'offre enfin à toi. Diego aime Stéphane, il te l'a montré ce matin. Et Stéphane aime suffisamment Diego pour supporter toutes tes ... injustices, je préfère employer ce terme. C'est vrai, tu es souvent injuste envers Stéphane, mais je pense que c'est parce que tu as peur de l'importance qu'il a pris dans la vie de ton fils, et dans la tienne par la même occasion ... Tu es injuste avec lui parce que tu as peur de la relation qu'ils ont construit ensemble ... Et tu es injuste avec Stéphane parce que tu as peur des sentiments qui t'unissent à lui presque malgré toi. Je me trompe ?
Seul un silence troublé lui répondit. Laly semblait complètement perdue dans ses pensées, les yeux dans le vague, fixant sans le voir un point dans le lointain.
- Laly, ta réaction montre que tu tiens à Stéphane, plus que tu ne veux te l'avouer. Tu te sens coupable d'avoir été si dure avec lui, de l'avoir fait souffrir sans t'en rendre vraiment compte, ainsi que Diego qui a subi cette situation pendant des mois sans que tu le veuilles. Mais tu t'en veux aussi pour tout le temps que tu as mis avant de t'apercevoir de tes sentiments réels, alors qu'ils sont si flagrants. C'est surtout ceci à mon avis qui te trouble le plus. Tu aimes Stéphane, c'est évident. Alors, ne perds plus de temps, arrête de te poser des questions et fonce, profite de chaque instant qui t'est offert. Ne passe pas à côté de ta vie, elle peut être tellement belle si tu t'en donnes les moyens ...
Le visage de Laly s'éclaira enfin d'un sourire radieux. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle se sentait rassurée. Et elle savait ce qu'il lui restait à faire.
- Tu as raison, Hélène. J'ai été totalement aveugle et stupide pendant tous ces mois. Mais tu m'as enfin ouvert le yeux. Et maintenant, j'ai bien l'intention de trouver une façon d'arranger la situation. D'ailleurs, tu sais quoi ? A l'heure qu'il est, Stéphane doit être rentré du boulot et il est probablement en train de m'attendre à la maison avec Diego. Je crois qu'il est temps que je retourne auprès de ma petite famille !
Hélène approuva cette sage décision d'un petit mouvement de tête.
- C'est bien, ma Laly, je suis sûre que tout va bien se passer maintenant. Et je te souhaite tout le bonheur du monde avec Stéphane, tu le mérites amplement.
- Merci Hélène, je savais que j'avais raison de venir me confier à toi. Tu m'as aidée à y voir plus clair, et je ne t'en remercierai jamais assez. Tu resteras toujours ma meilleure amie, tu sais.
La brésilienne caressa doucement la joue de son amie, lui transmettant par là son immense sentiment de gratitude.
Puis elle tourna les talons et regagna lentement la sortie du cimetière.
Derrière elle, la photo d'Hélène souriait tendrement à son amie qui s'éloignait, tandis qu'un rayon du soleil couchant illuminait les lettres dorées qui ornaient sa tombe ...
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# Posted on Friday, 16 October 2009 at 3:05 PM

Edited on Wednesday, 21 October 2009 at 4:38 PM

Wallpaper : Hélène

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# Posted on Sunday, 22 November 2009 at 5:48 AM

Icône : Christophe

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# Posted on Sunday, 29 November 2009 at 11:34 AM

Bannière : Christophe

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# Posted on Sunday, 29 November 2009 at 11:34 AM